Stress chronique, inflammation et dépression



En moyenne, 12 % des Canadiens et Canadiennes souffrent d'épisodes dépressifs au cours de leur vie. Toutefois, chez les personnes atteintes de maladies chroniques impliquant de l'inflammation, telles que l'obésité, le diabète, la maladie d'Alzheimer ou les maladies du cœur, ce taux grimpe à 25-50 %. Devant ces statistiques, Caroline Ménard, professeure au Département de psychiatrie et neurosciences de l'Université Laval et chercheuse au Centre de recherche CERVO, s'est demandé si l'inflammation et le stress chronique qui accompagnent souvent ces maladies ne pouvaient pas être à l'origine d'un risque accru de dépression.

Ces découvertes ouvrent la voie à de nouvelles façons de diagnostiquer et possiblement traiter la dépression.

Pour vérifier son hypothèse, la chercheuse et ses collègues ont testé les effets du stress social sur les systèmes immunitaire et vasculaire de modèles animaux. Résultat : une majorité de souris ont montré des signes de dépression, mais certaines sont demeurées résilientes au stress. En analysant de plus près le cerveau des rongeurs par résonance magnétique, Caroline Ménard a remarqué que le stress chronique et la réponse immunitaire qui en découle provoquent l'ouverture de la barrière hématoencéphalique du cerveau, un filtre qui empêche les contaminants ou les hormones du sang d'entrer. Fait intéressant, la barrière n'est pas affectée chez les souris résilientes au stress.

Intriguée, la neuroscientifique a vérifié ces observations sur des cerveaux provenant de la banque de cerveaux humains Douglas. Ses analyses confirment que l'intégrité de la barrière est réduite chez les sujets dépressifs. Chez la souris déprimée, Caroline Ménard a même été capable de voir comment certaines molécules produites dans le sang en réponse au stress traversent la barrière hématoencéphalique pour affecter le système nerveux.

Ces découvertes ouvrent la voie à de nouvelles façons de diagnostiquer et possiblement traiter la dépression. Par exemple, les personnes souffrant d'une maladie chronique pourraient passer un test de résonance magnétique pour vérifier l'état de leur barrière hématoencéphalique. Par ailleurs, la chercheuse recherche des biomarqueurs sanguins, soit des molécules chimiques provenant du cerveau et se retrouvant dans le sang à cause de l'ouverture de la barrière. Des médicaments contre l'inflammation, comme ceux pour l'arthrite, se trouvent sur le banc d'essai. Selon Caroline Ménard, il serait ainsi possible de refermer la barrière hématoencéphalique et traiter plus efficacement la dépression chez certaines personnes.