À la rescousse du cerveau Alzheimer



En vieillissant, le cerveau de certaines personnes peine à capter le glucose dont il a besoin pour faire travailler ses neurones. Sous-alimenté en énergie, il se met à dérailler, causant des troubles de mémoire, de langage et de raisonnement. Comme ces déficiences cognitives caractérisent aussi les gens atteints d'Alzheimer, se pourrait-il qu'une mauvaise utilisation du glucose par le cerveau soit à l'origine de la maladie?

Et si en fournissant plus d'énergie au cerveau, on pouvait ralentir le développement de la maladie?

Pour sonder la question, Stephen Cunnane, professeur au Département de médecine et de pharmacologie-physiologie de l'Université de Sherbrooke, et chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement du CSSS-IUGS, a développé un outil d'imagerie qui combine l'IRM fonctionnelle et le PET scan pour observer ce qui se passe avec le glucose, mais aussi les cétones, dans des cerveaux atteints d'Alzheimer.

Pour fonctionner, un cerveau a besoin de glucose, comme une auto a besoin d'essence. Lorsqu'il est en panne de glucose, le cerveau se tourne vers les cétones, de petites molécules « énergétiques » produites par le foie à partir de certains gras alimentaires. En analysant par imagerie des cerveaux atteints d'Alzheimer, le professeur Cunnane a constaté qu'ils n'arrivaient effectivement plus à capter le glucose, mais qu'ils pouvaient toujours utiliser les cétones. Ces résultats supportent un nouveau concept : l'Alzheimer débuterait par une mauvaise captation du glucose et non par la mort des neurones. En effet, puisque ceux-ci peuvent encore utiliser les cétones, c'est qu'ils sont fonctionnels!

Et si en fournissant plus de cétones – et donc d'énergie – au cerveau, on pouvait ralentir le développement de la maladie? L'équipe de Stephen Cunnane a comparé l'effet d'un produit laitier enrichi en triglycérides de chaînes moyennes purifiées à partir d'huile de noix de coco, un type de gras pouvant facilement être convertis en cétones, avec celui d'un placebo, sur le cerveau de gens souffrant d'un léger déclin cognitif. Résultats? Une telle stratégie alimentaire augmente significativement le taux de cétones dans le cerveau. Il faudra d'autres études, bien sûr, mais les chercheurs rêvent déjà d'un traitement qui nourrirait la matière grise en cétones et, par le fait même, pourrait ralentir le début de l'Alzheimer et sa vitesse de progression.