Tromper un cerveau en douleur



Aux dires des paraplégiques, les douleurs fantômes sont souvent beaucoup plus limitantes que leur fauteuil roulant. 

Plus de la moitié des paraplégiques souffrent de douleurs fantômes, c'est-à-dire qu'ils ont mal à leurs membres paralysés même s'ils ne les sentent plus ! Les chercheurs savent que c'est en fait le cerveau qui souffre : il s'est imprégné d'un mal persistant et l'a inscrit dans ses circuits neuronaux. Aux dires des paraplégiques, les douleurs fantômes sont souvent beaucoup plus limitantes que leur fauteuil roulant ! Cette douleur doit être prise en compte avant et pendant la réadaptation, car elle interfère avec les résultats des entraînements physiques, soutient Catherine Mercier, professeure au Département de réadaptation à l'Université Laval et chercheuse au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale. Elle dirige un programme de recherche qui vise à comprendre l'origine de ces douleurs et à trouver des moyens de reprogrammer un cerveau qui a mal. 

La chercheuse utilise notamment la stimulation magnétique transcrânienne pour activer, à l'aide d'un champ magnétique, les neurones des zones cérébrales impliquées dans le mouvement et déclencher ainsi des contractions involontaires des muscles, qui peuvent être enregistrées. Cette approche lui permet d'analyser l'impact de la douleur sur le système moteur. Elle mesure aussi, grâce à l'électroencéphalographie et aux électrodes, l'activité électrique et donc la réaction du cerveau lorsqu'on applique à un sujet une stimulation douloureuse de façon contrôlée en laboratoire. 

Catherine Mercier s'intéresse également à la réalité virtuelle. Par exemple, elle demande à une personne paraplégique de s'imaginer en train de marcher grâce à un avatar virtuel. Le but ? Tromper le cerveau en lui donnant une fausse rétroaction visuelle et sensorielle lui faisant croire que les jambes de la personne fonctionnent toujours. Présumant l'équilibre du corps rétabli, la matière grise n'émettra plus de signal d'alarme sous forme de douleur.

La chercheuse pense que l'utilisation de la stimulation cérébrale et de la réalité virtuelle pourrait venir compléter la médication pour réduire la douleur et assurer une récupération motrice maximale.