Mettre la douleur chronique K. O.



Ne plus avoir mal. Voilà le souhait du demi-million de Canadiens souffrant de douleurs chroniques d'origine nerveuse, dites neuropathiques, déclenchées par un accident, une chute, un cancer, un zona, etc.

Cette nouvelle molécule peut soulager les souffrances chroniques lorsqu'elle est administrée à petite dose chez des modèles animaux.

Une équipe de recherche internationale, dirigée par Gabriella Gobbi, professeure au Département de psychiatrie de l'Université McGill et chercheuse à l'Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, place son espoir dans une substance qui cible de manière sélective le récepteur MT2 de la mélatonine, cette hormone du sommeil sécrétée par l'organisme. Les scientifiques viennent de montrer que cette nouvelle molécule peut soulager les souffrances chroniques lorsqu'elle est administrée à petite dose chez des modèles animaux. Le médicament doit encore passer les essais cliniques, mais Mme Gobbi espère un jour commercialiser ce qui pourrait remplacer les opioïdes, de puissants analgésiques qui entraînent souvent de la dépendance.

En 2011, Gabriella Gobbi et ses collaborateurs italiens et mexicains avaient d'abord découvert l'effet thérapeutique d'une haute dose de cette molécule sur les troubles de sommeil. Ils cherchaient alors une alternative aux comprimés de mélatonine, dont l'efficacité est limitée parce qu'ils agissent simultanément sur deux récepteurs ou capteurs (MT1 et MT2) qui ont des effets contraires. C'est seulement récemment que les chercheurs ont fait cette observation : à faible concentration, la substance met hors circuit les neurones qui déclenchent la douleur et stimule ceux qui la soulagent. Plus précisément, à la manière d'une clé qui ouvre une serrure, la molécule active uniquement le récepteur MT2 de la mélatonine dans la région du cerveau gérant la douleur.

Ces résultats suggèrent que le médicament pourrait être utilisé à faible dose pour soulager la douleur pendant la journée et à dose plus élevée pour contrer l'insomnie la nuit. Comme 50 à 70 % des patients souffrant de douleurs neuropathiques se plaignent d'importants troubles de sommeil, on ferait d'une pierre deux coups!