Du sang artificiel pour sauver des vies



Les nanotechnologies constituent une révolution scientifique à l'échelle de l'infiniment petit.

Pour illustrer : il y a le même rapport de grandeur entre une orange et la Terre qu'entre une orange et une nanoparticule. Les membres de l'équipe de Thomas Chang, à l'Université McGill, sont des explorateurs de la nanomédecine. Ils visent l'impossible : la construction de cellules entièrement artificielles pouvant complémenter, voire remplacer, les cellules originales.

Ces cellules pourraient contribuer à sauver des milliers de vie.

Les recherches de Thomas Chang ont débuté il y a plus de 40 ans avec la mise au point d'un procédé de microencapsulation permettant de transporter des molécules à l'intérieur de membranes artificielles situées à la surface des cellules de façon à imiter certaines propriétés des cellules vivantes. Les propriétés de telles cellules peuvent être appliquées à tous les types de cellules du corps humain et leurs capacités sont infinies. Ainsi, elles peuvent complémenter des cellules déficientes ou acheminer des médicaments à des cellules cibles. Elles peuvent même détoxiquer des cellules empoisonnées.

Cette technique révolutionnaire a notamment permis de créer un premier prototype de cellules sanguines capables de transporter l'oxygène grâce à des molécules d'hémoglobine situées à leur surface. Le sang synthétique ainsi généré est couramment utilisé lors de transfusions sanguines en Russie et en Afrique du Sud. Thomas Chang s'intéresse actuellement à une troisième génération de cellules sanguines qui auraient trois des caractéristiques des globules rouges : la capacité de transporter l'oxygène, le CO2 ainsi que leurs propriétés antioxydantes.

Ces cellules sanguines ont l'avantage d'être exemptes de toute contamination bactérienne ou virale. De plus, elles peuvent se conserver beaucoup plus longtemps que les cellules naturelles, et dans des conditions beaucoup plus variées. Par exemple, elles peuvent être gardées à température ambiante dans une ambulance pendant plusieurs heures. De plus, il n'est pas nécessaire d'effectuer les tests sanguins habituellement requis avant toute transfusion.

L'excellence de ses travaux est telle que Thomas Chang fait maintenant partie de la très courte liste des « Grands de McGill ». Il a également reçu plusieurs prix internationaux, dont le premier prix d'excellence de l'Académie internationale de nanomédecine.

En termes de retombées, ces cellules pourraient contribuer à sauver des milliers de vie. Il suffit de penser à l'important volume de sang nécessaire dans les situations de catastrophes naturelles, de conflits militaires ou d'accidents de la route, pour en comprendre l'utilité. De plus, en raison de leur facilité de conservation, elles résolvent plusieurs difficultés techniques associées aux soins médicaux en région éloignée.

Malgré les promesses dont sont porteuses de telles cellules, le moment de la première transfusion de sang artificiel en sol québécois demeure très éloigné. Thomas Chang doit maintenant commencer les essais cliniques. Il travaille activement à l'aspect commercial de ses recherches et a entamé des discussions avec certaines compagnies pharmaceutiques.