La dépression, un sentiment qui prend aux tripes : le microbiome intestinal comme médiateur de la perturbation de l'épigénome intestino-vago-cérébral dans la dépression

 

Sarah Barnett-Burns

Université McGill

 

Domaine : neurosciences, santé mentale et toxicomanies

Programme Formation de doctorat

Concours 2018-2019

Partenaire :

Crohn's et colite Canada

À chaque instant de notre vie, nous sommes en interaction bidirectionnelle avec des billions de microbes intestinaux. En effet, ce «microbiote» influence notre intestin dont les neurones peuvent «communiquer» avec ceux présents dans notre cerveau via le nerf vague – dans le cadre d'un système plus vaste appelé l'axe intestino-cérébral. Des études récentes ont suggéré que les signaux émis par les microbes seraient transmis au cerveau pour moduler les émotions et joueraient un rôle dans le développement de troubles mentaux dont la dépression. Cependant, les mécanismes précis par lesquels le microbiote intestinal module la communication cérébrale et contribue au développement de la dépression restent à être investigués.
 
La dépression est associée à des perturbations de la réponse au stress. Les processus de régulation des gènes, connus sous le nom de mécanismes épigénétiques, sont des médiateurs clés de cette perturbation. Les bactéries intestinales produisent de nombreuses substances chimiques qui sont nécessaires aux processus épigénétiques. Des expériences menées chez la souris ont démontré qu'un changement de ces substances chimiques est associé à des modifications épigénétiques spécifiques. Le microbiote intestinal représente donc un modulateur épigénétique important. Puisque certains comportements dépressifs associés au microbiote intestinal disparaissent chez les animaux dont le nerf vague a été sectionné, notre hypothèse est que les processus épigénétiques orchestrés par le microbiote intestinal augmentent le risque de dépression chez les humains en altérant l'axe intestino-vago-cérébral.

Mon projet de doctorat identifiera les changements épigénétiques associés à la dépression dans le microbiote intestinal de (a) personnes déprimées décédées par suicide, (b) personnes déprimées vivantes, et (c) modèle murin de dépression. Je testerai si la présence d'espèces spécifiques de microbes intestinaux prédit les changements épigénétiques de la voie intestino-vago-cérébral. Ce projet innovateur nous permettra de comprendre les interactions microbiote-cerveau pouvant être impliquées dans plusieurs maladies et ainsi contribuer au développement de traitements.