Démolir les défenses des microbes



Les microbes sont ingénieux. Pour se protéger des attaques de notre système immunitaire, de nos mesures de désinfection et de nos antibiotiques, ils ont emprunté une tactique des anciennes villes fortifiées. Autour de leur colonie, ils sécrètent un biofilm constitué majoritairement de polysaccharides, de longues molécules de sucre. Cachés derrière leur muraille sucrée, les microbes peuvent coloniser les appareils médicaux, les prothèses et le corps des patients en toute impunité. Ce système de défense est à l'origine de 70 à 80 % des infections attrapées à l'hôpital! Plus pour longtemps.

Les chercheurs ont trouvé comment briser le biofilm protecteur… de l'intérieur.

Donald Sheppard, directeur de la division des maladies infectieuses à l'Université McGill et chercheur à l'Institut de recherche du CUSM, et sa collègue Lynne Howell, professeure à l'Université de Toronto, ont trouvé comme briser le biofilm protecteur… de l'intérieur. Pour bâtir leur muraille, les microbes doivent en effet couper des « blocs » de polysaccharides à l'aide d'une enzyme qui joue le rôle de scie. Les chercheurs ont réussi à leur voler cette scie et à la modifier de façon sournoise : ils ont enlevé le cran de sécurité afin que l'outil fonctionne en tout temps. Résultats? La scie n'aide plus à construire le biofilm, elle le détruit complètement! Les chercheurs ont ainsi transformé cinq enzymes sécrétées par différents microorganismes, et ils ont validé l'efficacité de leur cheval de Troie sur des modèles animaux infectés autant par des bactéries que par des champignons.

Même s'il faudra encore entre deux et cinq ans avant que cette arme ne soit utilisée sur le plan clinique, une équipe de collègues à Vancouver travaille déjà sur des formulations en aérosols pour vaporiser les poumons de patients atteints d'aspergillose invasive. Le taux de guérison de cette infection n'est que de 50 % à cause des champignons, qui, protégés par leur armure de sucre, digèrent les tissus pulmonaires. Le Dr Sheppard envisage aussi de recouvrir les prothèses artificielles et les équipements médicaux de sa scie destructrice, non toxique pour l'humain, afin de démolir tout biofilm en construction.