Surveiller les prématurés



Près de la moitié des prématurés montrent des signes – souvent imperceptibles – de maladies chroniques très tôt à l'âge adulte.

Les grands prématurés, nés avant 30 semaines de grossesse, ont de 2 à 3,5 fois plus de risques de souffrir d'hypertension, d'intolérance au glucose (menant au diabète) et de problèmes pulmonaires à l'âge adulte que les individus nés à terme, révèle une étude de Thuy Mai Luu, professeure à l'Université de Montréal et chercheuse clinicienne au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine.

La pédiatre a obtenu ces résultats en suivant une cohorte de jeunes adultes de 18 à 29 ans dont 101 sont nés prématurément et 102 sont venus au monde à terme. Près de la moitié des prématurés montrent des signes – souvent imperceptibles – de maladies chroniques très tôt à l'âge adulte. Comme la plupart des jeunes ne vont pas régulièrement chez le médecin, le début de leurs traitements en est retardé.

La docteure Luu milite pour que la communauté médicale reconnaisse les grands prématurés comme une population à risque et puisse leur offrir un suivi médical plus serré. Elle évalue également le potentiel de l'exercice physique pour prévenir certains problèmes de santé. Son étude, toujours en cours, montre jusqu'à maintenant qu'un programme d'activité physique peut faire baisser la tension artérielle chez les prématurés.

La chercheuse s'intéresse également aux prématurés modérés, nés entre 30 et 36 semaines de grossesse. Ces bébés sont souvent suivis par des médecins de famille qui n'ont pas toujours les outils requis pour détecter de façon précoce les retards de développement. La docteure Luu et son équipe veulent mettre au point un algorithme pour identifier les prématurés les plus à risques, qui bénéficieraient alors d'un suivi dans une clinique spécialisée en développement de l'enfant. L'algorithme sera basé sur des données cliniques (caractéristiques néonatales, examen neurologique), des biomarqueurs de la santé du cerveau récoltés au chevet des prématurés et des questionnaires remplis par les parents. Le neurodéveloppement de ces enfants sera évalué pendant deux ans. La chercheuse a déjà recruté la moitié de sa cohorte de 235 prématurés soignés aux soins intensifs après leur naissance.