Grippe : produire un vaccin avec des plantes



Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec recommande la vaccination annuelle contre la grippe. Il faut ajouter parfois une deuxième vaccination en situation de risque de pandémie, comme en 2009 avec le virus H1N1.

Puisque de telles pandémies sont souvent imprévisibles, il est important de pouvoir produire rapidement des vaccins efficaces et sécuritaires. En collaboration avec la compagnie québécoise Medicago, l'équipe de Brian Ward, professeur à l'Université McGill, travaille à concevoir de nouveaux vaccins contre l'influenza qui répondraient à ces exigences.

L'équipe de recherche a produit 10 millions de doses en moins de quatre semaines.

Les vaccins sont habituellement produits dans des cellules animales, souvent des œufs. Les nouveaux vaccins, eux, sont développés en serre à l'aide d'une plante voisine du tabac, Nicotiana benthiana; l'avantage principal de cette technique est qu'il n'y a pas de phase d'adaptation des cellules hôtes, ce qui accélère le rythme de production des doses de vaccin. De plus, ils sont moins chers à fabriquer et nécessitent moins d'infrastructures, en plus d'être plus sécuritaires. Mais avant tout, ils ciblent des protéines virales de souche sauvage et non les protéines des souches adaptées pour la croissance dans les œufs.

Contrairement aux vaccins traditionnels, qui sont issus de virus vivants, ceux conçus par Medicago et Brian Ward sont faits d'une pseudoparticule virale, constituée de la coquille du virus, l'enveloppe virale, sans aucun matériel génétique (le virus). Une fois injectée, la pseudoparticule se présente de la même manière que le virus original. Le système immunitaire humain ne fait pas la différence entre les deux et produit les anticorps nécessaires à l'élimination de la pseudoparticule.

Parmi les autres avantages, soulignons le fait que les inoculats de vaccins issus des plantes sont très purs : ils ne contiennent que très peu de résidus des cellules hôtes (ici la plante) comparativement aux vaccins produits dans des cellules animales. Ceci pourrait contribuer à diminuer, voire éliminer, les effets secondaires tels que les réactions allergiques.

Pour tester l'efficacité des nouveaux vaccins, quatre essais cliniques ont été réalisés. Ces études sont très prometteuses : elles semblent démontrer que les vaccins seraient au moins aussi efficaces que les vaccins traditionnels. Les réponses immunitaires générées chez l'humain sont plus importantes, et comparables à celles observées dans le cas d'une réelle infection de la grippe.

Cette technique de production de vaccin à grande échelle a fait ses preuves lors d'une démonstration en 2012 avec le vaccin pH1N1 dans une usine de la Caroline du Nord. L'équipe de recherche a produit 10 millions de doses en moins de quatre semaines. Une telle usine pourrait produire des doses pour l'ensemble des Canadiens avant même qu'une première dose de vaccin traditionnel ne soit prête.

Le projet a généré l'intérêt et le soutien non seulement des Instituts de recherche en santé du Canada, mais aussi d'organismes scientifiques et industriels aux États-Unis (DARPA). Pour l'instant, une petite usine a démarré ses activités au Québec. Prochaine étape : la construction d'une usine de production à grande échelle afin de répondre à la prochaine pandémie de grippe.